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Ahoueke Hilaire

Journal ·

Lumière naturelle ou flash : la question est horaire avant d’être esthétique

La question revient à chaque brief, et elle est presque toujours posée comme une question de goût. Elle n’en est pas une. Ce qui décide entre la lumière d’une fenêtre et une lumière construite, c’est l’heure à laquelle on peut tourner, la durée de la session et le fait que les images doivent ou non se ressembler entre elles.

Salon feutré, deux fauteuils de cuir, lampe de céramique et tasse sur une table basse ronde

À retenir

  • Une fenêtre change d’intensité et de couleur pendant la session. Un flash, non.
  • Une série qui doit se tenir sur trente images demande une lumière qui ne bouge pas.
  • La fenêtre donne une douceur et une direction qu’on peut imiter, mais jamais gratuitement.
  • Le flash ne sert pas à éclairer plus fort, il sert à décider.

La fenêtre a une heure

Une lumière de fenêtre n’est pas une constante, c’est un événement. Elle change d’angle toutes les vingt minutes, elle change de couleur quand un nuage passe, elle disparaît quand le soleil tourne derrière l’immeuble d’en face.

Sur une session courte, cela n’a aucune importance et c’est même un atout : on travaille dans une lumière qu’aucun matériel ne reproduit exactement. Sur une session de six heures, cela veut dire que la première et la dernière image n’appartiennent pas au même monde.

C’est la raison la plus fréquente pour laquelle je construis la lumière, et elle n’a rien à voir avec un parti pris visuel : c’est une question de tenue de série.

Ce que la fenêtre donne

Une grande surface claire à côté du sujet produit une ombre qui se referme progressivement, sans arête. C’est ce qui donne aux aliments leur relief sans les durcir, et c’est très difficile à obtenir avec une petite source.

Elle donne aussi une direction lisible. Dans une salle, une fenêtre dit d’où vient le jour, et l’œil accepte immédiatement la scène parce qu’elle correspond à ce qu’il connaît du lieu.

Enfin elle est gratuite, immédiate, et elle ne demande pas de place. Dans une cuisine en service, où il n’y a pas un mètre carré disponible, c’est parfois le seul argument qui compte.

Burger tenu à deux mains devant la vitrine d’un restaurant, feuillage et lumière du jour

Ce qu’elle ne donne pas

Elle ne donne pas la répétabilité. Revenir trois semaines plus tard pour compléter une série et retrouver exactement la même lumière n’est pas réaliste, et une carte en ligne se complète presque toujours.

Elle ne donne pas non plus le contrôle du contraste. Quand le décor comporte une fenêtre dans le champ, l’écart entre le dehors et le dedans dépasse largement ce qu’un capteur encaisse : ou bien la vue est blanche, ou bien la pièce est noire.

Et elle ne donne rien du tout le soir. Un bar se photographie à l’heure où il est vivant, c’est-à-dire à l’heure où il n’y a plus de jour.

Le flash ne sert pas à éclairer plus

C’est le malentendu le plus tenace. Une lumière construite n’est pas là pour ajouter de la clarté, elle est là pour décider où sont les ombres et où elles s’arrêtent.

Dans les faits, une grande partie du travail consiste à en enlever plutôt qu’à en ajouter : un drapeau noir pour creuser un côté, une surface claire pour retenir une ombre avant qu’elle ne devienne un trou. Une image éclairée au flash n’a aucune raison d’avoir l’air éclairée au flash.

Le vrai gain est ailleurs : la trentième image de la journée peut être identique à la première, on peut reprendre une série un autre jour, et un intérieur peut être équilibré avec sa fenêtre dans le champ.

Couloir voûté aux lanternes de cuivre, une silhouette en cape rouge au fond de la perspective

Les deux ensemble, la plupart du temps

Dans la pratique, le choix binaire n’existe presque jamais. Le cas le plus courant est une base de lumière naturelle, conservée parce qu’elle est juste, et une ou deux sources ajoutées pour retenir ce que la fenêtre laisse tomber : un fond qui s’effondre, un côté d’assiette qui se perd, une vue de fenêtre à récupérer.

La bonne question à se poser avant une session n’est donc pas « naturel ou flash » mais : à quelle heure peut-on tourner, combien de temps, et est-ce que ces images devront un jour être complétées ?

Les réponses se croisent avec le reste de la préparation, décrite dans préparer un shooting dans son restaurant.


Je travaille en lumière naturelle et en lumière construite selon ce que la session impose, et le choix se fait au brief. La page contact sert à le poser.